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L’histoire secrète des trésors d’Irlande

Les rues de Dublin sont parsemées de galeries d’art et de musées qui regorgent d’œuvres, d’objets d’art et d’expositions, qui vont du moderne à l’ancien. Lorsque l’on en franchit le seuil, on se retrouve devant un véritable trésor d’histoires qui, comme nos mythes et nos légendes, ne manqueront pas de vous tenir en haleine…

Je ne vous mens pas, des histoires, toutes aussi passionnantes que les objets eux-mêmes, peut-être même plus, se cachent derrière chacun de ces chefs-d’œuvre, qu’il s’agisse d’une toile que l’on pensait perdue et qui s’est vendue pour moins de 1000 $, d’une momie qui a finalement retrouvé sa tête après tout juste deux petits millénaires et demi, ou bien encore de ce qu’une galerie a fait du don de l’atelier complet d’un peintre célèbre.

L’Arrestation du Christ, du Caravage, galerie nationale d’Irlande, Dublin
Lorsque l’expert d’art Sergio Benedetti a été invité à rendre visite aux jésuites de Dublin en 1990, c’était pour restaurer une copie néerlandaise d’un tableau du Caravage, qui était accroché à un mur de leur réfectoire depuis près de 60 ans. Le chef-d’œuvre d’origine, L’Arrestation du Christ, était, pensait-on, perdu depuis longtemps, jusqu’à ce que le regard affûté de Benedetti ne fasse la révélation spectaculaire que le tableau des jésuites, qui s’était vendu pour moins de 1000 $ et leur avait été donné, n’était en fait pas une copie mais, en réalité, l’œuvre du grand maître elle-même.

Le monde de l’art en a littéralement eu le souffle coupé. Les jésuites ont immédiatement légué l’œuvre à la galerie nationale d’Irlande qui s’est pâmée d’admiration en réalisant l’importance de l’œuvre qui venait littéralement de leur tomber du ciel.

L’illustration sombre et touchante de la trahison biblique et de la terreur de l’homme est devenue, instantanément et à juste titre, l’un des points forts de la collection de la galerie nationale. En effet, des galeries aussi prestigieuses que le Rijksmuseum d’Amsterdam, la galerie nationale de Washington ou le musée Paul Getty de Los Angeles n’ont pas le privilège d’abriter ne serait-ce qu’un seul Caravage.
Et, lorsque vous irez voir l’objet de cette sensationnelle découverte à la galerie nationale d’Irlande, votre visite ne vous coûtera pas un seul centime.

Pendant que vous y serez :

Ne manquez pas de visiter la salle Yeats, qui abrite de nombreuses toiles de l’expressionniste mascotte de l’Irlande, le peintre Jack B. Yeats.

Takabuti, musée de l’Ulster, Belfast

La résidente la plus âgée de Belfast ne peut être que Takabuti, en effet cette vieille dame a vécu dans l’Égypte ancienne il y a plus de 2 500 ans, et s’est établie (relativement) récemment dans la capitale d’Irlande du Nord, en 1834.

Ah oui, au fait… c’est une momie !

C’est Thomas Greg, un nanti du comté Down, qui a ramené Takabuti sur nos rivages par bateau en 1834. Il avait acheté, comme cela se faisait alors, les restes de cette dame au «marché à momies » à Thèbes (aujourd’hui Louksor). Quand il revint chez lui, il légua en bonne et due forme la momie à l’Association d’Histoire Naturelle et de Philosophie de Belfast, et de là elle a abouti au musée de l’Ulster, où elle ne manque pas de susciter des « oh ! » et des « ah ! » depuis plus de 150 ans.

Quand elle fut déballée pour la première fois en 1835 par l’égyptologue Edward Hincks, celui-ci déchiffra les hiéroglyphes qui ornaient le sarcophage et révéla que Takabuti était une femme mariée, qui avait entre 20 et 30 ans et était la maîtresse de maison d’une riche famille.

La science moderne nous en a révélé davantage sur Takabuti, lorsque les experts de l’université de Dundee ont entrepris la tâche ambitieuse d’essayer d’imaginer ce à quoi elle ressemblait de son vivant. Après un traitement aux rayons X, un scanner au laser 3D et de grandes quantités de latex, une reconstitution de la tête de Takabuti, y compris son collier et sa perruque, a enfin pu être exposée au musée.

Son histoire lui a même valu un documentaire, qui a fait d’elle une véritable célébrité du XXIe siècle.

Pendant que vous y serez :

Ne manquez pas d’aller voir l’excellente collection d’objets de l’âge de bronze, qui vont de colliers d’ambre et de lunules d’or à des outils et des armes en métal.

L’atelier de Francis Bacon, galerie municipale d’art de Dublin – La galerie Hugh Lane

En 1998, l’unique héritier de feu le peintre surréaliste Francis Bacon légua l’atelier londonien du peintre à la galerie Hugh Lane de Dublin, avec tout son contenu, soit, non moins de 7000 objets !

S’est ensuivi, pour la première fois au monde, l’archivage informatisé du contenu de l’atelier d’un peintre et sa reconstruction intégrale dans les moindres détails, dans une galerie publique.

Cette opération a nécessité une équipe d’archéologues pour planifier l’espace, étiqueter chaque objet et en noter la position : 570 livres et catalogues, 1 500 photographies, 100 toiles déchirées, 1 300 feuilles de livres arrachées, 2 000 équipements de peinture et 70 dessins. La porte, les murs, les planchers, les plafonds et les étagères ont également été embarqués.

Bacon a passé 30 ans à travailler dans cet espace taché de peinture et mal éclairé. L’atelier était si petit et bourré d’objets, que ses dimensions déterminaient en fait la taille des toiles sur lesquelles il pouvait travailler. En dépit de la lucarne, on a l’impression d’être dans une grotte, un havre de solitude créatrice claustrophobe et d’accumulation artistique. Les murs sont tout autant imprégnés de sa présence que de sa peinture, ce qui explique pourquoi les membres du personnel de la galerie Hugh Lane ont même transporté la poussière de cet atelier. C’est aussi la raison pour laquelle, on peut regarder par la fenêtre de cet atelier entièrement clos et imaginer sans grande difficulté le peintre franchissant la porte à tout moment et renversant une boîte de conserve rouillée, alors qu’il cherche à s’emparer d’une brosse dégoulinante, et peignant la toile avec les coups de pinceau décisifs d’un homme à l’aise dans son travail.

Pendant que vous y serez :

Ne ratez pas l’occasion d’aller voir les détails minutieux et les scènes fantastiques du chef-d’œuvre de l’artiste verrier Harry Clarke intitulé « La veille de Sainte-Agnès ».

La prochaine fois que vous vous promènerez dans l’un de nos musées ou dans l’une de nos galeries pour y admirer les objets en vitrine ou la finesse d’un coup de pinceau, prenez aussi un moment pour réfléchir à l’histoire et au parcours qui se cachent derrière ce trésor qui a fini par aboutir en Irlande ou qui y a peut-être même été créé.


A propos de l'auteur

Lisa est née à Belfast et vit aujourd’hui à Dublin. Elle se décrit comme une femme de deux villes et une île. Elle vit près de la mer et pour se détendre, elle emmène ses deux filles et son chien sur la colline de Killiney, sur la côte de Dublin (et gagne toujours la course jusqu’au sommet!). Elle travaille pour le Tourisme Irlandais depuis plusieurs années et peut sans aucun doute se faire appeler « geek » pour tout ce qui traite de l’Irlande. Son plat favori ? Des moules vapeur suivi d’un café au Bailey’s.

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